Associations cet espace est pour vous. Envoyez-nous vos affiches.



Antonin Crenn, qui vient de publier « Rue des batailles » aux éditions Acte Sud, était venu animer un atelier d’écriture le mercredi 17 juin à 15 h à la bibliothèque municipale de Désaignes; puis à 18 h, en partenariat avec la librairie l’Arbre à Feuilles de Lamastre une causerie échange dédicace autour de son livre à la bibliothèque municipale de Lamastre. Une partie désaignoise « studieuse et participative » puis à Lamastre des échanges productifs, éclairants didactiques et surtout conviviaux.

Il nous fait le plaisir de retracer lui -même ces moments enrichissants :

Grâce aux bibliothèques de Désaignes et de Lamastre, j’ai pu proposer un atelier d’écriture, puis parler de mon dernier roman dans la même journée : j’ai rarement la chance de lier aussi étroitement les deux parties de mon métier. Il y a pourtant des résonances évidentes. Un dialogue. À Désaignes, j’ai accompagné un groupe de dix personnes dans l’écriture collective d’un « portrait puzzle » : j’ai appelé ce jeu ainsi en écho à mon roman Rue des Batailles que j’allais présenter ensuite, car ce livre est construit comme un puzzle de petits récits assemblés qui tentent, l’un après l’autre, de reconstituer le monde dans lequel a vécu Jules, un de mes ancêtres disparu sans laisser de trace. Le monde de Jules, ce sont les lieux dans lesquels il a vécu (pendant l’atelier, nous avons créé un paysage qu’il s’agissait d’explorer dans nos récits), mais surtout les personnes qui l’ont connu et aimé. Il y a donc beaucoup de personnages dans Rue des Batailles. J’espère que les lectrices et lecteurs accepteront de s’y perdre un peu. Il est normal de ne pas se souvenir de tout. De confondre. Moi aussi, j’ai oublié beaucoup de détails. Il y a d’abord les aimés, les intimes ; puis le cercle des connaissances plus ou moins proches ; puis celles et ceux qui ne font que passer dans nos vies. Mais j’aimerais qu’on s’attache un peu à chaque personnage quand même. Qu’il en reste un petit quelque chose. Au moins une émotion.
Je suis venu à Lamastre accueilli par les tantes de mon ami artiste Pierre Louis Nozières (qui a réalisé le collage en illustration de mon livre) : c’est le cercle des intimes, en amitié et en famille. Et puis quelques têtes connues qui me donnent confiance. Et une rencontre importante qui ravive mes souvenirs. Et tous les autres que je ne connaissais pas, curieux et bienveillants, dont j’oublierai sans doute le prénom et même le visage… Mais il me restera quelque chose de ces rencontres, j’en suis sûr. Une émotion.
Un grand merci à Lydia et Aurélie des bibliothèques de Lamastre et Désaignes, à Myriam de L’Arbre à feuilles, et bien sûr à Christine et Martine pour leur accueil, et un salut à Raymond et Christine, et une pensée spéciale pour Marie-Noëlle et Ünal.
Rue des Batailles est paru aux éditions Actes Sud et disponible à la librairie L’Arbre à feuilles.
Antonin
« Le Dimanche 19 Juillet , nous allons voyager à Désaignes ! partenariat entre la mac et le café tandem : nous rêvions depuis longtemps d’une soirée Andalouse , alors nous allions nos forces !!
Entre Lyon et l’Espagne, Anda Jaleo fait vivre un flamenco intense, généreux et profondément habité. Chant, guitare, danse et percussions corporelles s’y répondent dans un moment chaleureux, entre tradition flamenca, énergie d’aujourd’hui; et tapas incroyables !

rendez- vous à 18h place de la mairie à Désaignes – pour manger n’oubliez surtout pas de réserver au 04 75 07 61 36 .
A tout vite, on a hâte de vous retrouver »
Albert Trillat est un chirurgien lyonnais mondialement connu dont l’engagement est passé par Lamastre pendant les heures dramatiques et exaltantes de la Libération de l’Ardèche.

Il a fait récemment l’objet d’une intégration mémorielle sur le portail internet du Musée de la Résistance de Lyon, et c’est cet hommage qui m’a inspiré pour retracer et honorer son passé lamastrois.
Albert Gérard Trillat naît le 20 février 1910 à Lyon, dans une famille profondément ancrée dans la tradition médicale. Son père, Paul Trillat, exerce comme gynécologue accoucheur aux hôpitaux de Lyon, tandis que sa mère, Élisabeth Monod, issue d’une importante famille protestante lyonnaise, est la première femme interne des hôpitaux de Lyon. La famille Monod est par ailleurs connue pour son rayonnement culturel avec Théodore Monod l’explorateur, Jacques Monod le prix Nobel de Médecine, d’hommes politiques, de philosophes et même Jean Luc Godard le cinéaste .
L’engagement familial se manifeste également pendant la guerre: sa sœur Marcelle participe à la Résistance et son frère Roger meurt pour la France en 1945.
Il fait ses études de médecine à Lyon, et réussit le concours de l’internat. Son apparence frêle et ses lunettes rondes lui valent le surnom de « Gandhi », dont il fera son pseudo de couverture pendant la guerre. Il s’oriente vers la chirurgie orthopédique au sein du service du Professeur Louis Nové-Josserand . Il soutient sa thèse en 1937.
Mobilisé en 1939, il prend la tête d’une équipe chirurgicale et participe aux opérations militaires jusqu’à sa capture en 1940. Durant sa captivité dans le nord de la France, il est confronté à l’absence de personnel médical pour soigner les prisonniers, et se forme ainsi aux soins dans des conditions difficiles.
En 1944 le Dr Elisée Charra de Lamastre, résistant de la première heure, est confronté à un afflux de blessés qu’il accueille au sein de l’Hôpital de Lamastre. Lamastre ayant été libéré par le Comité Local de Libération dès le 8 juin. L’Hôpital est entièrement mobilisé avec la « complicité » des sœurs hospitalières puis la contribution du Dr Grandcolas, Le Dr Charra qui reçoit un afflux de blessés venant de toute l’Ardèche a la bonne idée de contacter son condisciple lyonnais Trillat pour lui demander de l’aide et celui-ci lui envoie son fils Albert, chirurgien orthopédique. Albert Trillat rejoint Lamastre en vélo depuis Lyon en passant par Annonay et St Félicien. St Félicien où il est arrêté par la résistance locale FTP, il sera rapidement identifié positivement et pourra rejoindre Lamastre dès le lendemain et c’est ainsi que début juin 1944 il participe à l’organisation d’un dispositif de soins destiné aux résistants blessés. Il intervient aussi dans d’autres structures clandestines, réalise des opérations chirurgicales d’urgence et contribue à l’approvisionnement en matériel médical grâce à son réseau lyonnais. Son activité s’inscrit dans un réseau de soignants engagés dans la Résistance, œuvrant dans des conditions précaires et sous la menace constante de répression.

Ses compétences chirurgicales ont fait merveille à Lamastre où la mémoire locale se rappelle du Capitaine et futur Général François Binoche, compagnon de la Libération, amputé à Lamastre de son bras blessé à la Bataille du Cheylard, de Jean Sahy jeune résistant touché par une décharge de fusil de chasse au niveau du visage, avec un mandibule arraché et qui a survécu grâce à des sutures des artères et veines du cou et l’amputation du mandibule par le même Trillat, de Bois originaire de Gilhoc victime d’un accident de transport de matériel destiné à la résistance et qui a été amené à l’Hôpital de Lamastre avec une évidente fracture du crâne; celui-ci a bénéficié avec les moyens de l’époque, sans imagerie, et donc grâce au seul sens clinique d’Albert Trillat d’une trépanation en urgence pour évacuer l’hématome cérébral, avec un excellent succès puisque l’ancien maquisard est mort de sa belle mort dans son lit dans la décennie 80.

La salle de chir de l’époque. Le matériel de trépanation est « la chignole » exposée dans la vitrine du hall de l’Hôpital actuel ….



Après la Libération de l’Ardèche il poursuit son engagement au sein de l’armée française et participe aux campagnes des Vosges, d’Alsace et d’Allemagne. Son action lui vaut plusieurs distinctions, dont la Légion d’honneur, la Croix de guerre et la médaille de la Résistance.
En 1946, Albert Trillat est nommé professeur agrégé et exerce à l’Hôpital Édouard Herriot de Lyon, où il se consacre à la chirurgie orthopédique.
En 1950, il participe à la fondation de l’Olympique Lyonnais, témoignant de son intérêt pour la médecine du sport. Son activité clinique, associée à ses travaux de recherche et à son enseignement, lui confère une reconnaissance internationale. Il forme de nombreux élèves, dont Henri Dejour lamastrois d’origine. Celui-ci a pu témoigner de son maître en termes élogieux : « Ceux qui l’ont connu à cette période se rappellent toujours avec émotion de ce jeune chirurgien intrépide qui refusait de mettre l’habit militaire mais qui partait en voiture de Lamastre, son quartier général, pour aller opérer à l’hôpital de Privas ou d’Annonay, une mitraillette sur les genoux et deux grenades dans les poches, au cas où. »
Lamastre qui a été au cœur de l’action de la Résistance ardéchoise peut s’enorgueillir d’avoir eu l’hôpital de Lamastre comme point d’appui médical majeur pendant les combats ardéchois, drômois et de la vallée du Rhône grâce à l’action d’Elisée Charra dont le nom a été donné à l’Hôpital Local sous la municipalité Bouit, et grâce aussi à l’apport majeur de praticiens comme Albert Trillat et l’aide du Dr Grandcolas qui s’est investi dans l’hôpital décentralisé du Ranc à Désaignes.
L’approvisionnement des Hôpitaux de Lamastre et du Ranc a dû beaucoup au réseau lyonnais du Dr Trillat qui a ouvert les portes des stocks de matériel médical lyonnais avec comme achemineur le garagiste local René Rugani dont le camion a été maintes fois mis à contribution pour l’approvisionnement de la résistance locale.

Albert Trillat aimait revenir à Lamastre dans la famille Charra et a longtemps envoyé des patients lyonnais en convalescence dans l’hôpital de lamastre où il s’était illustré; l’héliothérapie y était « à la mode »

Sa mallette de chirurgien est exposé au musée de la Résistance de Lyon, il doit peut-être rester de l’ADN local à l’intérieur…on peut rêver d’une « cold case » historique!

Son coté altruiste lui permettait de venir aux célébrations locales de la Résistance comme ici à l’Hôtel Ranc de Désaignes, siège de réunions secrètes de la résistance locale dès 1942.

Le Professeur Trillat était aussi présent à Lamastre lorsque l’Hôpital Local est devenu Hôpital Elisée Charra en 1982:

La photo souvenir de l’inauguration avec des acteurs engagés de l’époque 44.

Professeur Allègre, Nénette Canonge, Albert Trillat, Sœur Marie Remi, Jean Charra, Paul Bouit et la directrice de l’Hôpital.
« Ne pas oublier c’est prévenir. »
R Bouit.,














