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La soirée de lundi a tenu toutes ses promesses avec une centaines d’auditeurs qui avaient répondu aux annonces de l’ERF, des médias et de nos colonnes.

L’exposé d’Olivier Abel a pris des facettes historiques, philosophiques, religieuses; le tout donnant à la conférence un éclairage et un aspect culturel exceptionnels.

POST TENEBRANS

Deux participants ont accepté de nous faire un rapide exposé de leur ressenti de la soirée, histoire de donner des regrets aux absents ….

Tout d’abord , à tout ministre , tout honneur Daniel Martel , pasteur de l’ERF de Lamastre, Desaignes, La Batie:

martel abel

Daniel Martel et Olivier Abel lors de la présentation de la soirée

  

 Calvin, vu à travers l’historien Charles Seignobos, tel fut l’angle sous lequel Olivier Abel nous fit d’abord découvrir Calvin, tel qu’il pouvait être perçu au début du XXème Siècle par l’historien lamastrois. Il ne s’agissait donc pas d’une biographie du Réformateur, même si au détour de sa conférence Olivier Abel nous a retracé brièvement le cheminement de ce picard, humaniste et juriste, porté par l’aventure nouvelle de la Renaissance, vite conquis aux idées de Luther, obligé de fuir la France, d’abord à Strasbourg avant d’être appelé à Genève. « L’Institution à la Religion Chrétienne », œuvre de jeunesse sans cesse augmentée, dit bien ce que fut la pensée de Calvin : reprendre la « religion chrétienne » à la base, en partant du texte original : la Bible. S’il l’étudie dans le texte hébreu et grec, c’est aussi le temps de la traduction en français, qui conduit Calvin à faire apprendre au peuple à lire. Calvin sera le premier auteur à écrire en français ! A la suite de Luther, Calvin sera porteur de ce qui est le cœur de la Réforme : la grâce, qui ouvre la perspective de la vie. Non plus un Salut à gagner dans la crainte tout au long de sa vie, mais un Salut qui est donné par Dieu et libère les énergies pour vivre dans la confiance. Pour Olivier Abel, aujourd’hui, Calvin est un homme de rupture, qui nous fait entrer dans la modernité.

Daniel Martel  , octobre 2010.

Et Jean Bernard , enseignant retraité , ancien Président et cheville ouvrière de l’Assoc Culturelle de Desaignes aux multiples implications dans les domaines culturel, historique et patrimonial locaux:

Olivier Abel,  philosophe d’aujourd’hui, Charles Seignobos, historien de la première moitié du XXe siècle,  et Jean Calvin, auteur en 1536 de » l’Institution de la religion chrétienne », le best-seller du XVIe siècle.

Une petite centaine d’auditeurs ce lundi 11 octobre pour écouter Olivier Abel, qui, enfant à Lamastre dans les années 1950 se souvient des montagnes de papiers que les toiles d’araignées lui laissaient entrevoir au travers des vitres de la maison Seignobos au bas du parc dont Charles a fait cadeau à Lamastre.

Et le parallèle est esquissé entre :

Charles Seignobos (1854-1942), fils d’un homme d’action (Charles-André Seignobos 1822-1892, conseiller général de Lamastre pendant 40 ans), devenu homme de réflexion rénovateur de l’histoire en  en faisant une véritable science pour “embrasser l’ensemble des différentes activités des populations, les moyens d’existence, le travail économique, les usages, le régime politique et social, la religion, les sciences, les lettres et les arts »(1)

Et lui-même, Olivier Abel, fils d’un homme de terrain, (son père, Jean Abel pasteur à Lamastre de 1955 à 1965) devenu également  homme de réflexion, philosophe protestant, auteur récemment   d’un livre sur Jean Calvin (qu’il a dédicacé la veille à l’Arbre à feuilles).

En lisant quelques passages de l’ »Histoire  sincère de la nation française » Olivier Abel  approuve  la vision qu’avait Charles Seignobos de cette période extraordinaire qu’a été le début du XVI e siècle. L’Eglise de cette fin du Moyen âge bouleversé par l’humanisme de la Renaissance était très différente de  l’Eglise catholique actuelle née du concile de Trente (1545-1564). Malgré les conciles du XVe siècle qui proposaient de « réformer l’église dans son chef et dans ses membres » le Roi continuait de nommer évêques ou abbé des favoris de la noblesse qui vivaient des revenus de leur territoire (2).

Eglise et souverains étant unis dans le partage du pouvoir « la réforme a été le résultat d’un concours exceptionnel d’accidents politiques »  Charles  Seignobos p. 180.

Ainsi aucune réforme n’a pu se réaliser dans un royaume mais dans des territoires dotés d’une assez large indépendance, Luther chez l’électeur de saxe, Zwingli à Zurich, Calvin à Genève. La masse des chrétiens restés attachés à la religion. Un point de la doctrine les touchait particulièrement, c’était  la question  du salut ? Quelle destinée de l’homme après sa mort terrestre ?  Les chrétiens les plus zélés doutaient des procédés recommandés par le clergé. Seuls des théologiens pouvaient répondre à cette attente. Les réformateurs furent donc des théologiens qui appliquèrent à la théologie la méthode des humanistes, l’étude directe des textes sacrés. La Réforme est donc née de l’humanisme.  Cette réforme débuta en France avec le groupe de théologiens de Meaux guidé par l’évêque Briçonnet.  Mais la réaction officielle les fit disparaître, sauf Guillaume Farel qui s’exila à Genève où il appela  Calvin, « Français de Picardie, à la fois théologien, humaniste, juriste et l’un des créateurs de la prose française du XVIe siècle ». Charles  Seignobos p. 182.

Le centre de la doctrine de Calvin est fondé sur les épitres de St Paul, le salut étant uniquement un acte de la clémence de Dieu, la grâce divine, la gratitude. Il ne conservait que ce qui été mentionné dans les écritures, rejetant l’intercession de la Vierge et des Saints, les indulgences, le purgatoire, les reliques, les images, les évêques, les moines, le célibat des prêtres, etc.…. Sa Réforme devenait une révolution !

Genève était devenue une petite république indépendante protégée par la puissante ville suisse de Berne qui avait pris parti pour la Réforme.  Un  réfugié français, Guillaume Farel, venait d’y abolir la messe et il y retint Calvin de passage « par hasard ». Pour revenir à l’église du temps des apôtres Calvin institua à Genève un régime religieux profondément différent du régime traditionnel pour le culte, l’organisation du clergé, la discipline des fidèles.

Le culte n’avait plus pour centre le miracle de l’eucharistie mais devenait l’enseignement de la « parole de Dieu » par le sermon et la lecture de l’écriture complété par 2 pratiques d’édification, en langue française, les prières et le chant des psaumes. Du clergé il ne restait que de pasteurs et des diacres tous égaux, sans hiérarchie.  Les fidèles sont des élus devant leur salut uniquement à la grâce divine.

Calvin ne cherche pas la révolution. Son ouvrage de base, « l’institution de la religion chrétienne » est adressé à son Roi, François 1er, auquel il promet obéissance et soumission des réformés.

« Le calvinisme n’était donc ni schismatique, ni libéral, ni Démocratique ; Calvin le voulait catholique, autoritaire et oligarchique » Charles  Seignobos p. 186.

Pour terminer, quelques idées entendues lors  de la conférence d’Olivier Abel :

–          Calvin est le premier grand  écrivain de langue française, délaissant le latin, la langue des clercs, pour que l’enseignement atteigne tous les hommes, tous égaux devant Dieu.

–          – Au XVIe siècle rien n’est tranché en France entre partisans de la réforme et opposants. Vers 1560,  le Roi Charles IX et sa mère régente, Catherine de Médicis, ont pour conseillers,   Gaspar de Coligny,  Mme de Crussol, partisans de la Réforme.

–          – François 1er a été favorable aux idées nouvelles, qu’il a ensuite trouvées dangereuses pour la royauté. Mais sa sœur Marguerite d’Angoulême, devenue de Navarre par mariage, était réformée, protectrice de Briçonnet et de tous les réformés en mal de sécurité en France, dont Calvin. (Elle est la grand-mère d’Henri IV).

–          Au passage, les Lamastrois ont été sensible au rappel de leur histoire récente lorsque le conférencier a parlé du buste Seignobos (Charles André).  Les Seignobos sont devenus des symboles de la Résistance : le buste vendu aux Allemands, récupéré puis remis en place en 1944 par des résistants, puis  Charles, décédé en Bretagne en 1942, sa maison et son bateau détruits  par les allemands, sa dépouille interdite de transfert en Ardèche puis inhumée au cimetière des Rochains en 1947.

(1)    Citation d’un Texte de Charles Seignobos. 2 ouvrages novateurs de Charles Seignobos, « Histoire sincère de la nation française » et « Histoire comparée des peuples d’Europe »

(2)    François de Tournon, l’homme de confiance de François 1er, a cumulé 22 évêchés ou abbayes (l’une des plus grosses fortunes  de France)

Jean Bernard, octobre 2010.

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