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La sociologie politique du XX ième siècle avait des particularités tranchées qui rendaient le paysage politique plus lisible, le vote protestant en faisait partie et a bercé mon enfance tout en façonnant des options.

Ces schémas ancestraux s’estompent et se dissipent peu à peu avec l’évolution de la société et ses fractures actuelles, je vous transmets cet article trouvé sur le site « Réformés », bonne lecture, critique bien sûr.

R B

André Encrevé, «La préférence des protestants pour la gauche est de moins en moins marquée»

Historien spécialisé dans le protestantisme français, André Encrevé analyse dans une somme complète le rapport des protestant·e·s français·e·s à la politique. Entretien.

Minorité religieuse persécutée de 1685 à 1787, les protestant·e·s rassemblent 20% du gouvernement socialiste Mauroy en 1981 – alors qu’ils ne regroupent que 2% des Français. De fait, depuis 1789 en France, leur histoire est celle d’une réintégration progressive. C’est ce processus complexe qu’analyse l’ouvrage minutieux d’André Encrevé, fils de pasteur, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Est Créteil. Le livre réunit une série d’articles de l’auteur, publiés depuis quelques décennies, mais actualisés et en partie réécrits pour former un ensemble cohérent. On y découvre par exemple le rapport des protestants à l’affaire Dreyfus (qui débute en 1897 après que le capitaine Alfred Dreyfus a été condamné pour trahison en 1894 à l’issue d’un procès truqué), au gouvernement de Vichy, ou à la guerre d’Algérie.

Quels ont été les tournants politiques marquants dans l’histoire moderne des protestant·e·s français·e·s?

ANDRÉ ENCREVÉ La Révolution de 1789 est le changement fondamental, puisque auparavant le protestantisme était interdit. L’année 1815 est un autre moment fondateur: avec le retour de la monarchie, de juillet à novembre 1815 dans le Gard, des bandes de catholiques royalistes sèment la «Terreur blanche». Ces émeutiers provoquent quelques centaines de morts et quelques milliers de blessés parmi les protestants, des temples sont attaqués, pillés ou incendiés, des agressions sadiques ont lieu contre les femmes, tandis que les autorités attendent de longs mois avant d’intervenir. Les débuts de la Troisième République sont aussi un moment important: les républicains instaurent la laïcité de l’école (1882), puis la séparation des Eglises et de l’Etat (1905). Et les protestants y voient l’achèvement des promesses de liberté et d’égalité formulées par la Révolution, puisque désormais l’Eglise catholique, autrefois pilier de la monarchie, est chassée de la sphère publique. Aussi, la grande majorité des protestants sont-ils dès lors républicains, c’est-à-dire favorables à la gauche et ils le demeurent largement au moins jusqu’en 1945.

Comment les protestant·e·s comprennent-ils alors la laïcité?

La laïcité promue par des républicains agnostiques d’origine catholique conduit à une séparation des Eglises et de l’Etat, mais aussi de la religion et de l’Etat, alors que les protestants défendent une laïcité «à l’américaine» (possible dans un pays de culture protestante), où aucune Eglise n’est reconnue par l’Etat, certes, mais qui ne conduit pas à une séparation de la religion et de l’Etat. Mais ce n’était pas possible dans un pays de culture catholique comme la France…

Quel est le rôle actuel des protestants dans la vie politique française?

Les protestants sont désormais réintégrés dans la communauté nationale. D’abord parce que depuis les années 1970, il y a une importante minorité musulmane, qui apparaît très différente, ce qui rapproche tous les chrétiens. De plus, dans la vie sociale, la place de l’Eglise catholique est beaucoup moins importante qu’autrefois, et les protestants ne la craignent plus. De ce fait, la préférence des protestants pour la gauche est de moins en moins marquée, les sondages montrent qu’en matière électorale ils se distinguent peu de l’ensemble des Français. C’est plutôt dans le domaine de l’éthique (écologie, acceptation de l’IVG, mariage de couples de même sexe, etc.) qu’ils sont souvent plus modernes, même si c’est moins le cas des évangéliques.

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