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Albert Trillat est un chirurgien lyonnais mondialement connu dont l’engagement est passé par Lamastre pendant les heures dramatiques et exaltantes de la Libération de l’Ardèche.

medaillon albert trillat lamastre

Il a fait récemment l’objet d’un intégration mémorielle sur le portail internet du Musée de la Résistance de Lyon, et c’est cet hommage qui m’a inspiré pour retracer et honorer son passé lamastrois.

Albert Gérard Trillat naît le 20 février 1910 à Lyon, dans une famille profondément ancrée dans la tradition médicale. Son père, Paul Trillat, exerce comme gynécologue accoucheur aux hôpitaux de Lyon, tandis que sa mère, Élisabeth Monod, issue d’une importante famille protestante lyonnaise, est la première femme interne des hôpitaux de Lyon. La famille Monod est par ailleurs connue pour son rayonnement culturel avec Théodore Monod l’explorateur, Jacques Monod le prix Nobel de Médecine, d’hommes  politiques, de philosophes et même Jean Luc Godard le cinéaste .

L’engagement familial se manifeste également pendant la guerre: sa sœur Marcelle participe à la Résistance et son frère Roger meurt pour la France en 1945.

Il fait ses études de médecine à Lyon, et réussit le concours de l’internat. Son apparence frêle et ses lunettes rondes lui valent le surnom de « Gandhi », dont il fera son pseudo de couverture pendant la guerre. Il s’oriente vers la chirurgie orthopédique au sein du service du Professeur Louis Nové-Josserand . Il soutient sa thèse en 1937.

Mobilisé en 1939, il prend la tête d’une équipe chirurgicale et participe aux opérations militaires jusqu’à sa capture en 1940. Durant sa captivité dans le nord de la France, il est confronté à l’absence de personnel médical pour soigner les prisonniers, et se forme ainsi aux soins dans des conditions difficiles.

En 1944 le Dr Elisée Charra de Lamastre, résistant de la première heure, est confronté à un afflux de blessés qu’il accueille au sein de l’Hôpital de Lamastre. Lamastre ayant été libéré par le Comité Local de Libération dès le 8 juin. L’Hôpital est entièrement mobilisé avec la « complicité » des sœurs hospitalières puis la contribution du Dr Grandcolas, Le Dr Charra qui reçoit un afflux de blessés venant de toute l’Ardèche a la bonne idée de contacter son condisciple lyonnais Trillat pour lui demander de l’aide et celui-ci lui envoie son fils Albert, chirurgien orthopédique. Albert Trillat rejoint Lamastre en vélo depuis Lyon en passant par Annonay et St Félicien. St Félicien où il est arrêté par la résistance locale FTP, il sera rapidement identifié positivement et pourra rejoindre Lamastre dès le lendemain et c’est ainsi que début juin 1944 il participe à l’organisation d’un dispositif de soins destiné aux résistants blessés. Il intervient aussi dans d’autres structures clandestines, réalise des opérations chirurgicales d’urgence et contribue à l’approvisionnement en matériel médical grâce à son réseau lyonnais. Son activité s’inscrit dans un réseau de soignants engagés dans la Résistance, œuvrant dans des conditions précaires et sous la menace constante de répression.

hopital elisee charra

Ses compétences chirurgicales ont fait merveille à Lamastre où la mémoire locale se rappelle du Capitaine et futur Général François Binoche, compagnon de la Libération, amputé à Lamastre de son bras blessé à la Bataille du Cheylard, de Jean Sahy jeune résistant touché par une décharge de fusil de chasse au niveau du visage, avec un mandibule arraché et qui a survécu grâce à des sutures des artères et veines du cou et l’amputation du mandibule par le même Trillat, de Bois originaire de Gilhoc victime d’un accident de transport de matériel destiné à la résistance et qui a été amené à l’Hôpital de Lamastre avec une évidente fracture du crâne; celui-ci a bénéficié avec les moyens de l’époque, sans imagerie, et donc grâce au seul sens clinique d’Albert Trillat d’une trépanation en urgence pour évacuer l’hématome cérébral, avec un excellent succès puisque l’ancien maquisard est mort de sa belle mort dans son lit dans la décennie 80.

salle chirurgie

La salle de chir de l’époque. Le matériel de trépanation est « la chignole » exposée dans la vitrine du hall de l’Hôpital actuel ….

vitrine materiel chrirurgical historique hopital lamastremateriel chirurgical lamastre serrage

materieltrépanantion trillat lamastre

Après la Libération de l’Ardèche il poursuit son engagement au sein de l’armée française et participe aux campagnes des Vosges, d’Alsace et d’Allemagne. Son action lui vaut plusieurs distinctions, dont la Légion d’honneur, la Croix de guerre et la médaille de la Résistance.

En 1946, Albert Trillat est nommé professeur agrégé et exerce à l’Hôpital Édouard Herriot de Lyon, où il se consacre à la chirurgie orthopédique.

En 1950, il participe à la fondation de l’Olympique Lyonnais, témoignant de son intérêt pour la médecine du sport. Son activité clinique, associée à ses travaux de recherche et à son enseignement, lui confère une reconnaissance internationale. Il forme de nombreux élèves, dont André Dejour lamastrois d’origine. Celui-ci a pu témoigner de son maître en termes élogieux : « Ceux qui l’ont connu à cette période se rappellent toujours avec émotion de ce jeune chirurgien intrépide qui refusait de mettre l’habit militaire mais qui partait en voiture de Lamastre, son quartier général, pour aller opérer à l’hôpital de Privas ou d’Annonay, une mitraillette sur les genoux et deux grenades dans les poches, au cas où. »


Lamastre qui a été au cœur de l’action de la Résistance ardéchoise peut s’enorgueillir d’avoir eu l’hôpital de Lamastre comme point d’appui médical majeur pendant les combats ardéchois, drômois et de la vallée du Rhône grâce à l’action d’Elisée Charra dont le nom a été donné à l’Hôpital Local sous la municipalité Bouit, et grâce aussi à l’apport majeur de praticiens comme Albert Trillat et l’aide du Dr Grandcolas qui s’est investi dans l’hôpital décentralisé du Ranc à Désaignes.

L’approvisionnement des Hôpitaux de Lamastre et du Ranc a dû beaucoup au réseau lyonnais du Dr Trillat qui a ouvert les portes des stocks de matériel médical lyonnais avec comme achemineur le garagiste local René Rugani dont le camion a été maintes fois mis à contribution pour l’approvisionnement de la résistance locale.

garage rené rugani historique r f

Albert Trillat aimait revenir à Lamastre dans la famille Charra et a longtemps envoyé des patients lyonnais en convalescence dans l’hôpital de lamastre où il s’était illustré; l’héliothérapie y était  « à la mode »

terrasse hopital lamatre

Sa mallette de chirurgien est exposé au musée de la Résistance de Lyon, il doit peut-être rester de l’ADN local à l’intérieur…on peut rêver d’une « cold case » historique!

image (2)

Son coté altruiste lui permettait de venir aux célébrations locales de la Résistance comme ici à l’Hôtel Ranc de Désaignes, siège de réunions secrètes de la résistance locale dès 1942.

RESISTANCE-nominatif repas desaignes

Le Professeur Trillat était aussi présent à  Lamastre lorsque l’Hôpital Local est devenu Hôpital Elisée Charra en 1982:

inauguration hopital elisée charra 1982

La photo souvenir de l’inauguration avec des acteurs engagés de l’époque 44.

trillat binoche bouit charra canonge soeur marie remy

 

                                                                                                                          Professeur Allègre, Nénette Canonge, Albert Trillat, Sœur Marie Remi, Jean Charra, Paul Bouit et la directrice de l’Hôpital.

« Ne pas oublier c’est prévenir. »

R Bouit., 

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